La canalisation

Ca y est, ça avait recommencé ! Il devait réparer la canalisation qui venait encore de se rompre, il m’avait dit avec un sourire « Oui, oui, ma chérie, aucun problème, je maîtrise ! ».

C’est la goutte d’eau qui a fait tout déborder ! De toute façon, c’était même plus la goutte d’eau, c’était le déluge !

Moi, je cloisonnais ma vie depuis longtemps. J’avais souvent songé au divorce, mais avec l’enfant au milieu, ça n’était pas facile ! Et puis, il fallait tenir la ferme, nourrir les animaux, traire les vaches. J’avais pas trop le temps d’être mélancolique comme ces femmes de la ville qui passent leur journée à lire et à boire du café.

Parfois, pour se moquer, il m’appelait la grosse vache, tout ça parce que j’étais bien ronde et la poitrine épanouie.

J’étais sa femme, mais pour lui, je ne valais pas mieux qu’un des animaux de la ferme. Mais en terme d’élégance, il était aussi malhabile qu’un ornithorynque, tout en lui rappelait l’animal, son nez, énorme au milieu de sa figure et sa démarche lourdaude ! Et aussi le venin de ses paroles, quand il se mettait à lancer ses coups de patte. Il avait beau vouloir faire le monsieur, c’est simple, je pouvais plus m’approcher.

L’eau avait coulé sous les ponts, et la tristesse me gagnait.

Je suis allée jusqu’à la barrière, avec ma belle robe à fleurs, avec des petites marguerites sur fond orange, et mon joli col claudine, tout blanc, l’eau jaillissait tranquillement du tuyau percé.

C’était pas le premier de ses oublis ! Pour me calmer, je voulais aller jusqu’à la rivière, cela faisait quand même une certaine distance, j’ai sauté par-dessus la barrière qui était la frontière du domaine, et je me suis mise à courir malgré ma corpulence. Je courais et je criais.

Le petit avait voulu m’accompagner, comme pour aller aux comissions, m’avait tendu le filet à provisions. Je l’avais regardé, avec des larmes dans les yeux, il était notre seul lien, mais je ne pouvais partager mes soucis avec lui.

Quand je suis arrivée là-bas, j’ai enlevé tous mes vêtements, froissé ma belle robe, et j’ai plongé dans l’eau fraîche.

Je savais pas, tout compte fait, si je reviendrais.

Il fallait replacer les mots : accompagner divorcer cloisonner, maîtrise, milieu, enfant, oubli, rivière, canalisation, barrière, distance, lien, rompre, sourire, partager, ornithorynque, frontière, filet, femme

Tous les textes ici…

Pour les plumes d’Asphodèle chez Emilie

18 commentaires

  1. J’aime bien cette histoire, qui pourrait s’intituler : « La fermière et l’ornyithorynque »…
    C’est plein de vie, de naturel et de sentiments « vrais »…
    Dommage qu’il fasse aussi frisquet, j’irais bien plonger dans la rivière… 🙂

  2. Ah mais j’espère bien qu’elle en reviendra de sa baignade dans la rivière ! Et le petit alors ? Il n’est responsable de rien et a besoin de sa mère. Vite, va le lui dire et redire !

      1. 😀 avec le petit air frais qu’il y a en ce moment, je choisirais une autre façon de passer l’arme à gauche, pas envie d’attraper un rhume en sus. 😀

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