Tigresse

(Femme un peu vulgaire qui porte une robe dont le tissu reproduit le pelage du tigre. Solitude du personnage…)

Ma vie a changé depuis que je porte la robe. Avant, dans la rue, personne me regardait. J’avais l’impression d’être complètement invisible avec mon tee-shirt et mes baskets. Pourtant, j’suis encore un beau morceau…  Dans la rue, quand je croisais un homme, je comptais jusqu’à trois, puis je me retournais pour voir s’il s’était retourné lui aussi, frappé en plein cœur. La plupart du temps, y continuaient leur route. J’suis sûre qui y en a qui luttaient, contre l’attirance. Ca se voyait à leur façon de rentrer les épaules… A leurs pas pressés comme s’ils fuyaient. A moins que ce soit à cause de la pluie.

Parce qu’ils font les durs comme ça, les hommes, mais en fait, ce sont de vraies mauviettes. Pourquoi vous croyez qui z’ont supprimé l’armée. Et ben, c’est parce que les hommes veulent plus se battre.

Ils ont la trouille.

Ils préfèrent rentrer chez bobonne tous les soirs pour retrouver leurs pantoufles bien chaudes plutôt que de faire l’aventure.

Parce que, l’amour, en fait c’est une aventure. Une vraie de vraie. Et là aussi y zont la trouille, je te dis.

Une femme comme moi, c’est à la vie, à la mort. Robert y m’avait dit ça. Paulette, avec toi, c’est à la vie, à la mort. Robert il avait des tournures. C’est pas comme ces types d’aujourd’hui qui z’ont plus de vocabulaire. A force de lire le tiercé, y te prendraient pour un cheval ! Non, mais quoi. Ils connaissent plus les vraies femmes. Pourquoi tu crois qu’ils t’appellent poulette, mon lapin, et toutes ces chichiteries. C’est qu’on est que des animaux pour eux.

La robe, elle m’a tapée dans l’œil, dans la vitrine du magasin. Et puis elle était pas très chère, c’était dans mon budget. J’ai juste regardé qu’elle était pas fabriquée en Chine, j’ai lu « Made in China ». J’ai dit ouf, j’étais soulagée. Je sais pas quel pays c’est Made, peut-être un diminutif de Madagascar.

Avec cette robe, je me sens une vraie tigresse. RRRRRRRRRRR. Tous les hommes me regardent maintenant dans la rue. Y zont un petit sourire en coin comme qui dirait « Elle a du chien cette gonzesse. » Mais y s’arrêtent pas. Sauf un vieux, une fois, qu’a voulu me parler, mais moi je lui ai cloué le bec. Après il a demandé à quelqu’un d’autre où était la Concorde. Il voulait noyer le poisson, ou plutôt la sardine (clin d’œil). Qu’est-ce qui sont malins, les hommes. Toujours à t’embobiner pour pas qu’on voie qui sont vexés.

Moi, j’veux un homme, un vrai, qui me fasse grimper aux rideaux, qui me fasse battre le cœur. Un qui me donnerait tout, qui m’emmènerait en Amérique ou en haut de la Tour Eiffel.

Dans ma petite chambre, y a de la place pour deux, et moi j’ai le cœur tout chaud. Un vrai carburateur ! Et la carrosserie qui va avec. C’est pas rien mézigue !

            Après  y voudra pas repartir, et moi j’serai plus toute seule…

Une vraie tigresse, je me sens, Grrrrrrrrr……………….

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