Atelier d’écriture : Recrutement d’un écouteur de pluie.

Amandine Brouillasse

1, avenue des Tempêtes

33 000   Cordes

Chère Madame Hondé,

Le parapluie est aux Hommes, ce que la coquille est à l’escargot, la partie la plus poétique de nous-mêmes; c’est pourquoi je crois beaucoup à son développement.

Toutes les œuvres des humains sont nées à l’abri d’un parapluie : cet instrument qui est le prolongement de notre bras n’ignore rien des sentiments humains. Les yeux d’Elsa ont notoirement rendu jaloux le ciel d’après la pluie, la jeunesse de Baudelaire ne fut qu’un ténébreux orage, et des cœurs ont pleuré sur les pavés mouillés.

Pour vous dire  que je ne suis pas une poule mouillée, je n’ai peur ni des orages, ni des tempêtes, je peux aussi rester des heures immobile à attendre le plus petit clapotis.

 Je ne suis pas non plus tombée de la dernière pluie, je sais à quoi m’attendre.

Je connais les dangers pour celles qui, comme moi, ont le cœur sec.

Je suis fraîchement diplômée de l’Académie de psychologie atmosphérique.

J’ai d’ailleurs l’oreille pluviométrique absolue, et je sais reconnaître chaque nuance, du crachin jusqu’au déluge : giclures, clapotis, bruine, rumeur sourde des inondations, rien ne m’échappe.

J’ai aussi le cœur bien accroché. Je sais résister à l’érodement du goutte à goutte, et ne me laisse jamais emporter par un grain qui survient toujours en traître.

La mélancolie de la bruine, l’entêtement du crachin, le martèlement de la grêle ne me sont pas étrangers. J’ai accompli de nombreux voyages dans les pays de mousson, et j’ai tracé, avec quelques collègues, de nouveaux chemins à travers le brouillard qui enveloppe les corps et fait tressaillir les âmes.

Grâce à nos recherches, la rosée est devenue espèce protégée, à l’abri des fleurs et des herbes folles.

Tout ce savoir, je le mets donc à la disposition de votre fabrique de parapluie.

Pluvieusement vôtre,

Votre dévouée, Amandine Brouillasse

Illustration sous licence Adobe

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