La robe again (2)

Anna se tenait face au miroir dans une robe cousue d’ors et de brocards. (1ère partie)

Anna attendait l’homme qui viendrait ôter cette robe lourde et compliquée qui chantait sur sa peau.

Elle la sentait ondoyer à la taille, prendre la cambrure de ses reins, exigeante et tyrannique.

Alors, elle se redressa, lissa sa chair de l’intérieur, inspira, rentra le ventre. Elle posa sa main sur sa hanche où se concentrait la chaleur du tissu. La robe brûlait ou était-ce elle qui se consumait en elle ?

Une rigole de sueur creusa son dos ; les lacets du corset mordaient le bas des reins. Le brocard se tordait et gémissait dans un désordre de fils sous l’apparente tranquillité du tissu. La robe menaçait, chavirait, appelait l’Homme …

Anna sourit, son corps alourdi par la robe lui plaisait. Elle lui faisait éprouver sa pesanteur, la vulnérabilité de son corps soumis au désir, la douleur et le ravissement de sa chair en attente.

Le brocard de la jupe, légèrement glacé la fit tressaillir. Le tissu bruissait, murmurait sur ses jambes gainées de noir dans une sorte de chuchotis électrique.

Elle écouta cette histoire rejouée tant de fois, cette histoire de peau tendre et onctueuse aux prises avec un vêtement de femme.

Les étoffes palpitaient d’une vie intense et secrète, te prendre, t’attraper, m’enfouir, t’accueillir, recueillie, emmêlée, captivée, enchantée, joie rythmée, cadence, sauvagerie douce.

Puis dans le galbe du mollet, le jupon fut syncope et ravissement. La dentelle taquina la cheville, le pied se cambra.

Anna se haussa sur ses pieds, ajouta sur ses lèvres un peu de rouge.

Elle était prête.

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