Les enquêtes d’Aurélia Dupon – Le mystère s’épaissit. (4)

Le cri  fit taire toutes les conversations. Un grand silence s’ensuivit bientôt rompu par le bruit d’une cavalcade. Un homme en pardessus qui semblait poursuivi, certainement par celui qui avait donné l’alerte,  glissa et fit tomber de son manteau l’engin qu’il transportait; celui-ci explosa mollement dans sa chute mais blessant tout de même grièvement l’homme qui s’écroula, une énorme blessure au ventre. Ce fut alors un brouhaha indescriptible, des cris, des courses éperdues en tout sens, et des giclées de sang qui avaient atteint jusqu’aux dernières participantes qui se tenaient non loin de là. Le bonhomme hurlait « Catins, catins, je vais vous tuer, je vais vous tuer ». Mais ses vociférations furent bientôt éteintes par un caillot de sang qui remonta dans sa bouche. Les policiers étaient arrivés et s’étaient jetés sur l’homme qui ne faisaient plus un seul mouvement.

Les suffragistes autour d’Emma Pelletier n’avaient pas perdu leur sang-froid et se précipitèrent pour soigner l’homme. D’autres se relevaient en époussetant leurs vêtements qui remettant son chapeau, qui tentant de défroisser son manteau. Une autre se plaignit d’avoir déchiré ses gants qui lui avaient coûté une petite fortune.

Un des policiers ricana ; c’était bien dans le caractère les femmes de se préoccuper de frivolités en un moment pareil.

« Je ne veux pas dire mesdames, mais vous avez frôlé la mort ! Vous devriez rester bien tranquillement à la maison ! Heureusement que nous sommes là, nous avons fait aussi vite que nous avons pu.

  • Il s’est fait sauter tout seul ; il n’a pas eu besoin de votre aide en tout cas, ironisa une jolie blonde chapeautée d’une espèce d’immense plateau où nichaient oiseaux, feuillages et plumes diverses.

Aurélia Dupon se demanda comment elle pouvait supporter un tel poids sur sa tête. Elle toucha son petit chapeau noir qui était peut-être moins gracieux mais certainement beaucoup plus confortable, et bien vissé sur son crâne. Elle n’avait perdu aucune épingle. Elle tenta de se relever mais une douleur soudaine lui vrilla la cheville. Elle avait dû se faire une entorse en voulant se jeter par terre.

Une voix d’homme et tout de suite la femme obéit, se morigéna-t-elle intérieurement, toute heureuse d’avoir échappé à cet horrible attentat. Elle avait conscience que cela aurait pu être beaucoup plus grave.

  • On va encore accuser les anarchistes ! se plaignit une des suffragistes.
  • On n’avait encore jamais osé déposer une bombe dans une assemblée de femmes ! s’exclama une autre.
  • Oui, renchérit sa voisine qui s’était tournée vers Aurélia, jusqu’à présent on nous avait plutôt traité par le mépris.

Elle s’aperçut des difficultés qu’éprouvait la jeune fille à se relever.

  • Oh, pauvre de vous, vous avez été blessée, s’exclama-t-elle. Je vais vous conduire chez moi et nous ferons prévenir vos parents.
  • Oh, non, je vais tout à fait bien, gémit Aurélia. Je n’ai rien.
  • Mais vous voyez bien que vous ne pouvez pas poser le pied par terre ! Je m’appelle Clémence Bressard. Ne protestez pas !

C’est sur ces entrefaites que surgit Jock. Il parla un moment avec les policiers et son visage inquiet s’éclaira lorsqu’il l’aperçut.

  • Ah vous voilà ! Père et mère ne savent plus où donner de la tête. Ils vous font chercher partout !
  • Mais..balbutia Aurélia sous le coup de la surprise.
  • Qui êtes-vous donc Monsieur … ? demanda Clémence.
  • Je suis son frère, je vais m’occuper d’elle, ne vous inquiétez pas.
  • Voici ma carte, dit la jeune femme en s’adressant à Aurélia, j’espère bien vous recevoir à un de mes après-midis. Nous y causerons suffrage des femmes.

Jock souleva sans façons Aurélia qui se raidit entre ses bras. Quel homme insupportable !

  • Ne vous inquiétez pas soeurette, Nanou va bientôt vous remettre sur pied.

Ce fut ce moment que choisit Aurélia pour s’évanouir. Comme dans les romans sentimentaux dont son frère, le vrai, se moquait ouvertement.

Photo credit : John Singer Sargent, Public domain, via Wikimedia Commons

7 commentaires

  1. boum, une bombe, hop, une Clémence, ohhh, le retour de Joke, pfffff, un faux frère, et vlan, une chute dans les (petites) pommes ! Aurélia en voit de toutes les couleurs 🙂

      1. Heureusement pour nous, nous ne sommes pas des héros de roman-feuilletons ! oui, il parait que les petites pommes ont eu des voix…. le temps de lecture/vote a sans doute été un peu trop court pour que tous les textes aient la même attention ; l’essentiel, c’est que l’agenda ironique repart en mai, chez Laurence Delis (normalement)

      2. Merci !! les petites pommes ont eu droit à leur 11e épisode…. et le 12e se prépare (je pensais que 2 ou 3 épisodes épuiseraient l’histoire, et maintenant je ne sais pas quand ça se finira)

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